L’humidité est l’un des fléaux les plus redoutés dans le domaine immobilier, car elle fragilise les structures et diminue fortement la valeur d’un bien. Parmi les causes les plus fréquentes, les remontées capillaires constituent un problème majeur, souvent difficile à détecter lors d’une simple visite.
De nombreux acquéreurs découvrent ce phénomène seulement après l’achat, ce qui peut engendrer des litiges. Les tribunaux français considèrent régulièrement que ce type de désordre entre dans la catégorie des vices cachés, car il n’est pas visible immédiatement et existait avant la vente. Par exemple, une maison achetée en 2022 dans le Nord a fait l’objet d’une action en justice, l’acquéreur ayant constaté des infiltrations dues aux remontées capillaires non signalées par le vendeur.
Cet article explique pourquoi les remontées capillaires peuvent être qualifiées de vice caché et détaille les recours juridiques possibles. Vous y trouverez également des conseils pratiques pour prévenir les litiges lors d’une transaction immobilière.
Titre à retenir
- Les remontées capillaires sont un problème d’humidité invisible lors d’une visite rapide.
- Selon l’article 1641 du Code civil, elles peuvent être qualifiées de vice caché si elles existaient avant la vente.
- Les acheteurs disposent d’un délai de deux ans après découverte pour agir en justice.
- Un rapport d’expertise est souvent indispensable pour prouver l’antériorité du défaut.
- La transparence des vendeurs et la vigilance des acheteurs limitent les litiges immobiliers.

Que sont les remontées capillaires et quels dégâts provoquent-elles ?
Les remontées capillaires correspondent à la migration de l’eau contenue dans le sol à travers les matériaux poreux des fondations et des murs. Ce phénomène touche particulièrement les maisons anciennes, construites sans barrière étanche au niveau des fondations.
Les signes visibles incluent la présence de salpêtre, des traces d’auréoles jusqu’à un mètre de hauteur sur les murs et un décollement des enduits. Sur le long terme, les remontées capillaires fragilisent la structure, accélèrent la dégradation des peintures et génèrent un environnement malsain.
Elles favorisent aussi l’apparition de moisissures, responsables de problèmes respiratoires. Leur traitement nécessite souvent des travaux lourds comme l’injection de résine hydrophobe ou la mise en place d’un drainage périphérique.
Les remontées capillaires constituent-elles un vice caché ?
Avant de déterminer les recours, il est nécessaire de comprendre comment le droit français définit le vice caché.
Définition du vice caché en droit français
Selon l’article 1641 du Code civil, un vice caché est un défaut qui rend le bien impropre à l’usage auquel on le destine, ou qui en diminue tellement l’usage que l’acquéreur ne l’aurait pas acheté, ou en aurait donné un moindre prix, s’il l’avait connu.
Pour être qualifié de vice caché, le défaut doit remplir trois conditions : être antérieur à la vente, inconnu de l’acheteur et suffisamment grave pour affecter la valeur du bien.
Application aux remontées capillaires
Les remontées capillaires répondent généralement à ces critères, car elles sont invisibles lors d’une visite rapide et existaient déjà dans la structure du bâtiment. Les juges reconnaissent fréquemment ce problème comme un vice caché, surtout lorsqu’il provoque un inconfort ou rend une partie du logement inhabitable.
Par exemple, la Cour de cassation (arrêt du 16 janvier 2019) a confirmé que des infiltrations par capillarité non révélées par le vendeur constituaient bien un vice caché. Toutefois, si des traces d’humidité étaient clairement visibles ou mentionnées dans l’acte de vente, l’acquéreur ne peut pas se prévaloir de ce recours.
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Quels sont les recours en cas de remontées capillaires après l’achat ?
Si des remontées capillaires apparaissent après la signature de l’acte, plusieurs solutions juridiques s’offrent à l’acheteur.
Action en garantie des vices cachés
L’acquéreur peut intenter une action en garantie des vices cachés, afin de demander soit l’annulation pure et simple de la vente, soit une réduction du prix payé. Le délai légal pour agir est de deux ans après la découverte du vice, ce qui laisse un laps de temps raisonnable pour engager une procédure.
Dans certains cas, la justice peut même condamner le vendeur à prendre en charge les travaux nécessaires. Ce recours est particulièrement efficace lorsque le défaut rend le bien quasiment inhabitable.
Responsabilité du vendeur
La responsabilité du vendeur est engagée s’il connaissait l’existence des remontées capillaires et ne les a pas signalées. Dans cette hypothèse, l’acheteur peut obtenir non seulement une baisse du prix, mais aussi des dommages et intérêts pour le préjudice subi.
La sévérité des juges est plus marquée à l’égard des vendeurs professionnels (agences, promoteurs), tenus à une obligation renforcée d’information. Pour les particuliers, la mauvaise foi doit être démontrée par des indices concrets, comme des travaux de peinture récents destinés à masquer les auréoles.
Importance de l’expertise
Un rapport d’expertise en bâtiment est souvent déterminant pour prouver que les remontées capillaires existaient avant l’achat. L’expert décrit la nature des désordres, leur gravité et leur antériorité.
Un constat d’huissier ou une expertise judiciaire peuvent aussi renforcer le dossier. Sans ces preuves, l’action en justice a peu de chances d’aboutir. C’est pourquoi il est recommandé d’agir rapidement dès l’apparition des premiers signes.

Comment prévenir les litiges liés aux remontées capillaires ?
La prévention passe par une vigilance accrue lors des transactions immobilières. Pour les acheteurs, il est conseillé d’inspecter attentivement les murs, en particulier au rez-de-chaussée et dans les caves. La présence d’odeurs d’humidité ou de taches suspectes doit alerter.
Demander un diagnostic complémentaire peut éviter de mauvaises surprises. Pour les vendeurs, la transparence est essentielle : mentionner les problèmes connus dans l’acte et fournir les factures de travaux déjà réalisés réduit considérablement les risques de litige.
Enfin, il existe des solutions techniques comme l’injection de résine, le cuvelage ou le drainage, dont le coût varie entre 80 et 200 € par mètre linéaire. Même si ces travaux représentent un investissement, ils permettent de sécuriser la transaction et d’augmenter la valeur du bien.
Par exemple, il peut parfois être nécessaire de rénover une salle de bain.
Les remontées capillaires peuvent-elles être considérées comme un vice caché ?
Les remontées capillaires constituent un problème sérieux qui, en droit français, peut être qualifié de vice caché si les conditions légales sont remplies. Invisibles lors d’une simple visite, elles entraînent des dégradations importantes et justifient des recours juridiques solides. L’acquéreur dispose de solutions, allant de la réduction du prix à l’annulation de la vente, à condition de fournir des preuves concrètes comme un rapport d’expertise.
De leur côté, les vendeurs ont tout intérêt à jouer la transparence pour éviter des contentieux longs et coûteux. En résumé, la vigilance, la documentation et l’accompagnement par des professionnels restent les meilleures armes pour gérer ou prévenir ce type de litige immobilier.










